Réduire les pertes post-récolte pour transformer des vies: l'exemple de la chaîne de valeur du sorgho dans la région Nord du Ghana

03 septembre 2022

Le sorgho est une culture essentielle au Ghana, pour la sécurité alimentaire ainsi que comme source de revenus des ménages. Principalement cultivé par des petits exploitants, le sorgho est un aliment de base riche en énergie et en minéraux essentiels tels que le potassium, le phosphore et le magnésium. Dans la région Nord du Ghana, le brassage du sorgho pour la production d'une bière traditionnelle (pito) est un travail artisanal important. Le potentiel industriel du sorgho est aussi en hausse du fait que l'industrie brassicole officielle l'utilise fréquemment comme substitut de l'orge importée.

Bien que, dû à son prix assez élevé, le sorgho ait été dépassé par le maïs et le riz dans les systèmes alimentaires du Ghana, le sorgho garde son importance pour la sécurité alimentaire et a été priorisé par le gouvernement en raison de sa tolérance à la sécheresse et sa capacité de résister aux hautes températures. Le sorgho souffre cependant souvent d'un niveau élevé de pertes post-récolte (PHL) qui affecte la quantité ainsi que la qualité du produit. Une étude récente menée dans le cadre du projet "Value Chain for Development" (VCA4D), financée par l'Union Européenne, démontre comment les technologies et pratiques de réduction des pertes post-récolte peuvent créer de nouvelles opportunités pour les agriculteurs et contribuer à une croissance durable et inclusive.

Sorgho sêchant sur une bâche, région Nord du Ghana. Photo : EU-funded VCA4D CTR 2016/375- 804 

Cette étude compare les données de 2018 provenant du Système d'information Africain sur les pertes post-récolte (APHLIS) avec des informations recueillies lors d'une évaluation rapide auprès des producteurs de sorgho en 2019. L'objectif était d'estimer quelles réductions de pertes étaient réalisables dans la chaîne de valeur du sorgho en adoptant diverses approches de réduction. Un cadre d'analyse quantitative de la chaîne de valeur (VCA) a été utilisé pour évaluer l'impact sur les petits exploitants, les entreprises, la société et l'environnement.

Les agrégateurs du Ghana

L'engagement du Ghana en faveur de la croissance agricole est soutenu par des agrégateurs de produits de base qui achètent les produits auprès des petits exploitants agricoles locaux. Ces agrégateurs sont en contact avec des entreprises et des programmes gouvernementaux qui cherchent à acheter des produits agricoles en gros. Leur présence sur les marchés locaux affaiblit le pouvoir des commerçants et contribue à garantir des prix équitables aux agriculteurs. Dans la région Nord du Ghana, les agrégateurs obtiennent des fonds pour préfinancer les intrants agricoles (engrais et pesticides) et le matériel. Ils achètent le sorgho des agriculteurs pour approvisionner les brasseurs et les grossistes. Ils fournissent des services de vulgarisation et mettent à disposition des installations hors-ferme de séchage, de nettoyage et de stockage. Avec le soutien du gouvernement, les agrégateurs ont aidé les agriculteurs à réduire les pertes post-récolte en encourageant le battage mécanisé, le séchage sur le champ à l'aide de bâches, des moissons rapides et efficaces ainsi que la réduction du stockage au niveau des ménages.

Selon les estimations d'APHLIS pour 2018, les pertes post-récolte de sorgho s'élèvent à un total de 12,4%, ce qui correspond à environ 39.200 tonnes de grain de sorgho (la production totale ayant été de 278.000 tonnes en 2018). La nourriture ainsi perdue a une valeur d'environ 14,6 millions d'USD et aurait pu répondre aux besoins énergétiques alimentaires de 333.537 enfants de moins de 5 ans. Selon les agriculteurs participant au projet, leur pertes post-récolte de sorgho se sont réduites à 6,6 pourcent en 2019 grâce à des technologies et pratiques de manutention post-récolte simples et facilement disponibles.

Le paysan (voir photo), par exemple, sèche les grains de sorgho sur une bâche plutôt que directement sur le sol nu. Cela permet de réduire les pertes ainsi que la contamination des grains, ce qui améliore la qualité et le potentiel de vente sur les marchés formels. Si cette expérience pouvait être reproduite sur l'ensemble de la chaîne de valeur du sorgho, on estime que le Ghana économiserait 16.120 tonnes de sorgho - correspondant à une valeur de 3,55 millions d'USD-  et répondrait au besoin alimentaire énergétique annuel (kcal) d'environ 102.000 enfants de moins de cinq ans.

La combinaison de rendements plus élevés et de meilleures pratiques de manutention post-récolte a permis aux agriculteurs de presque doubler leur revenu annuel à base de sorgho.

L'étude VCA4D indique qu'à l'aide de technologies abordables il est possibe de réduire les pertes post-récolte avec des effets positifs significatifs. Ces effets sont notamment l'amélioration de la sécurité alimentaire et l'augmentation des revenus des petits exploitants, en raison d'une meilleure disponibilité des produits pour la consommation au niveau des ménages et la vente. L'étude a aussi montré que l'adoption des technologies par les participants a permis d'augmenter les rendements d'environ 20 pourcent. C'est cependant la combinaison de rendements plus élevés et de meilleures pratiques de manutention post-récolte qui a permis aux agriculteurs de presque doubler leur revenu annuel à base de sorgho à 1.375 GHS (285 USD). Ce revenu se situe juste au-dessus du seuil de pauvreté national (estimé à 1.315 GHS en 2017).

De plus, la quantité de sorgho disponible à la consommation ménagère a augmenté de plus de 40 pourcent, à savoir de 8,5 sacs (50 kg par sac) à environ 12 sacs par ménage. La disponibilité accrue de grain de qualité a permis aux brasseries industrielles de remplacer le malt d'orge importé par le sorgho et ainsi de réduire la demande de devises. Les résultats de l'étude montrent en outre des possibilités d'ajout de valeur, par exemple en produisant des produits alimentaires transformés pour les ménages urbains et les nourrissons en particulier.

Ce cas démontre qu'une réduction des pertes post-récolte peut aboutir à des gains réels et quantifiables. Ce qui sera nécessaire, ce sont de plus amples investissements – de la part des gouvernements, des donateurs et du secteur privé – dans les technologies et les pratiques de réduction des pertes post-récolte. A votre attention : nous remarquons que la présente évaluation se fonde sur la mémoire des agriculteurs et ne traite qu'un échantillon assez limité de la population productrice de sorgho en région Nord du Ghana. Une validation approfondie des résultats de pertes post-récolte à l'aide d'outils de mesure solides serait donc la bienvenue.


APHLIS génère des estimations de pertes post-récolte pour les cultures céréalières en Afrique subsaharienne. Premier effort international de son genre, APHLIS combine des données de pertes provenant de la recherche universitaire avec des observations contextuelles fournies par des experts locaux pour appuyer les politiques et stratégies de réduction de pertes post-récolte. APHLIS fournit également des estimations d'impact nutritionnel et financier des pertes.
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